«Bullshiter» ou ne pas «bullshiter». Telle est la question.

D’entrée de jeu, je tiens à vous annoncer que je n’ai pas l’intention de répondre à cette question existentielle qui titille bon nombre de communicateurs depuis la parution de la chronique de Patrick Lagacé sur le sujet dans le quotidien La Presse. Je n’ai pas l’intention non plus de condamner ni d’acclamer le blogue sur le bixi «À vélo citoyens». Mon intention est plutôt de pousser plus loin la réflexion sur le sujet, à la lumière bien sûr de la controverse que ce blogue suscite présentement, mais aussi par rapport à l’enseignement que j’ai reçu dans le cadre de mes études en communication et relations publiques à l’Université de Montréal.

En premier lieu, il convient de rappeler à quel point le Web 2.0 a provoqué une petite révolution au niveau des communications marketing et des relations publiques. Pourquoi ? Principalement parce que ce nouvel outil, plus que tout autre médium, facilite le processus bidirectionnel de communication propre aux relations publiques. Dans un tel processus, «les publics écoutent les messages des professionnels des communications, mais également ces derniers ont comme devoir d’écouter et de comprendre leurs publics» (Martel (2006). En effet, la définition des relations publiques qui m’a été le plus souvent présentée au cours de mes études était la suivante : «Public relations is the management function that establishes and maintains mutually beneficial relationships between an organization and the publics on whom its success or failure depends» (Cutlip, Center et Broom (2000).

En deuxième lieu, il convient de mettre cette définition des relations publiques en contexte avec le livre «On bullshit» du philosophe Harry Frankfurt dont se sert Patrick Lagacé dans sa chronique, le tout par rapport au blogue sur le bixi.

Selon Frankfurt, tandis que le menteur (ce dont je n’accuse pas les auteurs du blogue d’être) doit savoir la vérité afin de mieux la dissimuler, le «bullshitter» (épithète que je ne tiens pas non plus à accoler aux auteurs du blogue) se soucierait uniquement de son propre agenda ou de ses propres intérêts, sans s’intéresser à la vérité quelle qu’elle soit. Suivant ce raisonnement, la «bullshit» serait un plus grand ennemi de la vérité que ne le sont les mensonges.

Malgré tout le respect que j’ai pour Patrick Lagacé, je crois qu’il est injuste de faire un rapport entre la théorie de Frankfurt et le blogue «À vélo citoyens». De dire ou de laisser présumer que ledit blogue, par association, est un ennemi de la vérité, est un pas que je ne franchirais pas. Toutefois, je pose la question : Est-ce que l’esprit du blogue respecte celui des relations publiques ? Ou, dans la mesure où l’on considère que le blogue relève purement du marketing et non des relations publiques, est-ce qu’il vient en contradiction avec les actions habituellement mises de l’avant par la fonction des relations publiques ? Si l’on reprend la définition de Cutlip, Center et Broom, on peut se demander si l’invention de personnages fictifs présentés au public comme étant réels permet d’établir et de maintenir une relation mutuellement bénéfique entre une organisation et son public. Il est fort à parier que certains internautes ont été troublés d’apprendre que les personnes avec qui ils entretenaient une relation virtuelle n’étaient que subterfuge. Mais il est certain que d’autres ne s’en offusqueront pas outre mesure. Certes, le fait que le sujet du blogue, le Bixi, soit une chose que tous considèrent comme étant une bonne initiative permettra à la controverse de ne pas prendre des proportions alarmantes.

Mais la question demeure. Peut-on «bullshiter» sans craindre un ressac ? L’article de Patrick Lagacé démontre qu’il peut être hasardeux d’utiliser une telle stratégie. Quoiqu’il en soit, d’autres questions me chicotent. Pourquoi les auteurs du blogue n’ont-ils tout simplement pas utilisé le nom de vraies personnes ? Quelle est la raison pour laquelle ils devaient absolument utiliser des prête-noms ? N’était-il pas possible de créer un blogue sur lequel on invitait, en toute transparence, les Montréalais(es) à discuter du bixi ? En tout respect pour l’opinion contraire, je dois dire, pour conclure, que je ne souscris pas à l’argument, dont nous fait part Lagacé dans sa chronique, selon lequel un blogue hébergé par Stationnement de Montréal n’aurait intéressé personne.

Martel, L. Les relations publiques et leur implication dans la formulation de la stratégie des organisations, Mémoire de maîtrise, HEC, 2006, 135 p.

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