2010
Réputation et gestion des risques: un laisser-faire inquiétant!
Je ne compte plus le nombre de gestionnaires et de dirigeants qui me répondent avoir un plan d’urgence et qui prétendent être prêts pour faire face à l’imprévisible.
Le problème lorsque je creuse un peu la question avec eux, c’est qu’ils ont bien un plan d’évacuation, mais ils n’ont pas de plan de communication assorti à leur plan d’urgence. Or, c’est justement ce plan de communication qui peut faire la différence dès les premières heures d’une crise pour protéger la réputation de l’organisation en cause.
Parce que de nos jours, lorsqu’une urgence frappe, le monde entier en est non seulement informé presque immédiatement, mais la crise va se dérouler au grand jour, à la face du monde, que la direction le veuille ou non! Lorsqu’une situation de crise survient dans une organisation, il y a de fortes chances qu’un employé ou un sous-traitant aura pris des photos ou pis, une vidéo avec son téléphone mobile, et qu’il enverra ce document à ses proches ou à une connaissance qui est journaliste. Je vous laisse deviner le reste. Les actionnaires, les clients, les administrateurs, les familles et tous les autres employés apprendront que leur entreprise est en crise avant même que la direction n’est eu le temps de commenter, si cette dernière n’est pas prête à réagir rapidement.
Imaginez un braquage dans une caisse populaire. Une explosion dans une mine. Une prise d’otage dans un Couche-Tard en pleine nuit. Un empoisonnement alimentaire dans un hôpital, un tireur fou dans une garderie ou un employé d’usine qui a perdu son emploi et qui revient armé pour se venger…
J’observe un mélange de fatalisme, de culture du déni (cela ne va pas nous arriver à nous) et d’une surdose de confiance qui sont inquiétants.
L’exemple parfait demeure l’explosion de la plate-forme Deepwater Horizon de BP dans le Golfe du Mexique. Selon l’investigateur en chef de l’accident, un contrôle de pression a échoué quelques heures avant l’explosion. Et pourtant, personne n’a sonné l’alarme. Le travail s’est poursuivi comme si de rien n’était. Pourquoi? Laisser-faire? Arrogance? Imprudence? Fatalisme? Culture du déni? Inquiétant!
Les communications de BP ont flanché royalement. Idem pour la crise des papiers commerciaux en 2008. Plusieurs observateurs s’entendent pour dire que les signaux étaient nombreux avant la débandade. Et pourtant, que faisait le conseil de Lehman Bros? Le CEO Dick Fuld a plus tard témoigné au Congrès américain comme quoi la débandade de sa banque n’a été qu’une grosse mésentente! La culture du déni, l’arrogance et le sentiment d’invincibilité encore à l’œuvre.
Les administrateurs qui siègent à un conseil d’administration seraient bien avisés de poser des questions aux dirigeants et de s’assurer qu’un plan de communication en situation de crise ou d’urgence est en place et prêt à être déclenché en tout temps, à quelques minutes d’avis. J’ai élaboré de tels plans pour plusieurs clients et croyez-moi, ils ont été déterminants pour prendre le contrôle de la situation et d’exercer le leadership requis. Dans une crise, les six premières heures sont vitales et tout se jouera ensuite dans les 48 heures. Les organisations qui prennent immédiatement le contrôle lors d’une situation de crise sont toujours gagnantes. Celles qui hésitent sont systématiquement perdantes.
De quel côté voulez-vous vous retrouver?